Une routine de décompression le soir
Épuisé à 21h, parfaitement réveillé à 23h. L'heure de décompression est une transition, et les transitions sont exactement là où le TDAH a besoin d'aide.

À 21h vous teniez à peine les yeux ouverts. À 23h vous êtes alerte, intéressé par tout, et vous lancez un documentaire. À minuit et demi vous vous en voulez, et demain en pâtira.
Une routine de décompression, ce sont les trente à soixante dernières minutes avant le coucher, utilisées délibérément pour passer d'éveillé à endormi. Ce n'est pas toute la routine du soir, qui gère le dîner, le rangement et la préparation du lendemain. C'est seulement la transition finale, et elle compte plus que tout le reste de la soirée.
Pourquoi cette heure est si difficile avec un TDAH
- Aller se coucher est une transition. Arrêter quelque chose et ne rien commencer est le type de bascule le plus dur, et les transitions sont déjà un point faible.
- Le second souffle. Beaucoup connaissent un regain d'énergie et d'intérêt en fin de soirée. Cela ressemble au meilleur moment de la journée, et cela se paie le lendemain.
- Le soir est le seul temps libre. Après une journée d'exigences, les heures après 22h sont les seules que personne ne réclame. Retarder le sommeil pour les récupérer s'appelle la procrastination vengeresse du coucher, et c'est compréhensible plutôt qu'irrationnel.
- Un cerveau qui ne s'arrête pas. Allongez-vous et tout ce que vous n'avez pas traité de la journée arrive d'un coup.
L'objectif n'est donc pas la discipline à 23h, qui ne marche jamais. C'est de faciliter la transition et d'avancer la décision.
Réglez l'alarme sur le début, pas sur le coucher
Le changement le plus utile : mettez une alarme à l'heure où la décompression commence, pas à l'heure du coucher.
Le coucher n'est pas une action, c'est un résultat. Ce qu'il vous faut, c'est un déclencheur pour le moment où vous arrêtez ce que vous faites, et c'est justement la partie qui n'arrive jamais toute seule. Traitez l'alarme comme une instruction, comme un rappel de réunion, et mettez le téléphone à charger ailleurs en premier geste.
Videz votre tête sur le papier
Prenez deux minutes pour noter ce qui tourne encore : l'inquiétude de demain, la chose à ne pas oublier, la pensée agaçante. Nul besoin d'ordre.
Cela marche parce que le cerveau répète tout ce qu'il a peur de perdre. Une fois écrit, il n'a plus à le retenir, c'est le principe du brain dump, en plus petit et au bon moment de la journée.
Choisissez trois choses et gardez-les identiques
Une décompression fonctionne parce qu'elle est répétitive et reconnaissable, pas parce qu'elle est sophistiquée. Choisissez trois petites étapes et faites-les dans le même ordre chaque soir : la séquence elle-même devient le signal que le sommeil arrive. C'est un rituel de transition à la plus grande transition de la journée.
Par exemple : baisser la lumière, se brosser les dents, lire quelques pages. Ou : essuyer une surface, prendre une douche, écrire la seule chose de demain. Restez sous trente minutes pour qu'elle survive à une mauvaise soirée.
Baisser la lumière aide réellement, ce n'est donc pas juste de l'ambiance.
Que faire des écrans
Le conseil classique est zéro écran pendant une heure. Si ça marche pour vous, tant mieux. Pour beaucoup, ça échoue immédiatement, et toute la routine est abandonnée avec.
Une version plus tenable : pas de défilement et pas de nouvel épisode, car ils sont conçus pour vous retenir, mais un podcast ennuyeux, un livre audio ou une émission déjà vue conviennent. L'essentiel est que ce que vous choisissez se termine tout seul. Tout ce qui a une lecture automatique ou un flux infini décide de votre heure de coucher à votre place.
Donnez un endroit au second souffle
Si le regain tardif est le moment où arrivent vos meilleures idées, n'essayez pas de le supprimer, capturez-le. Gardez un carnet près du lit et notez l'idée au lieu d'agir dessus. Elle sera encore là demain, et paraîtra bien plus gérable à 9h.
Quand vous n'arrivez quand même pas à dormir
Rester une heure au lit à s'agacer apprend à votre cerveau que le lit est un endroit où l'on est éveillé. Si au bout d'une vingtaine de minutes rien ne se passe, levez-vous, asseyez-vous dans une pièce faiblement éclairée et faites quelque chose d'ennuyeux jusqu'à avoir sommeil, puis retournez au lit.
Et si c'est un schéma constant, les troubles du sommeil sont fréquents avec un TDAH et méritent d'être évoqués avec un médecin plutôt que réglés seul à coups de routines.
Rendez le démarrage plus facile que l'abandon
Dernier levier : l'environnement. Ayez le livre sorti et la chambre prête, pour que décompresser signifie entrer dans un espace préparé plutôt qu'en fabriquer un. Ce qu'il faut installer à 22h45 n'arrivera pas.
Et les soirs où tout s'écroule, faites la version en une étape : mettre le téléphone à charger dans l'autre pièce et se coucher. Cette unique étape, faite régulièrement, vaut mieux que la belle routine complète deux fois par mois.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une routine de décompression ?
Ce sont les trente à soixante dernières minutes avant le coucher, utilisées délibérément comme transition d'éveillé à endormi. C'est une petite séquence répétée, souvent trois étapes dans le même ordre, et non toute la routine du soir : son rôle est de signaler au cerveau que le sommeil arrive.
Pourquoi ai-je un second souffle tard le soir ?
L'éveil de fin de soirée est fréquent, et avec un TDAH les heures calmes sont souvent les premières sans exigences, donc réellement attirantes. Retarder le sommeil pour récupérer du temps à soi s'appelle la procrastination vengeresse du coucher. La solution n'est pas la volonté à 23h, mais un signal d'arrêt plus tôt et un endroit où noter les idées.
Faut-il vraiment supprimer les écrans avant de dormir ?
L'interdiction totale marche pour certains et est abandonnée par la plupart. Une règle plus réaliste : éviter tout ce qui est conçu pour vous retenir, donc pas de défilement ni de nouvel épisode, et choisir ce qui se termine tout seul, livre audio, podcast ennuyeux, émission connue. Sinon la lecture automatique décide de votre coucher.
Que faire si je n'arrive pas à m'endormir ?
Au bout d'une vingtaine de minutes de frustration, levez-vous, installez-vous dans une lumière faible et faites quelque chose d'ennuyeux jusqu'à avoir sommeil, puis retournez au lit. Rester éveillé au lit apprend au cerveau que le lit sert à être éveillé. Si cela arrive presque chaque nuit, parlez-en à un médecin : les troubles du sommeil sont fréquents avec un TDAH.


